Les aventures du petit horloger – 27
Qui n’a jamais rêvé de trouver de l’or ? On en récupère bien de débris, épaves de montres ou bijoux, mais de l’or natif, comme au temps de la ruée vers l’or ? Je décide de me lancer le défi, commence par m’équiper d’un peu de matériel et vise une rivière dans mon secteur, la Nive. Une Lip Nautic Ski calibre R184 électro-mécanique participe à l’aventure.
Pourquoi la Nive ? D’abord parce-qu’elle est dans le prolongement de plusieurs rivières classées aurifères, jadis exploitées par les romains, le camp de César et ses fosses à Itxassou en sont un bon exemple. Plus en amont du côté du Baztan une légende fait son chemin depuis le premier siècle. Il existe un puits d’or naturel (Urreputzu en basque) dans la vallée d’Aritzacun, Pline le naturaliste le relatait dans ses écrits et évoquait jusqu’à 300 livres romaines d’or extrait par jour. Bien plus tard, en 1518, ce puits a été bouché par d’énormes pierres de taille, ce à cause des nombreux conflits qu’il provoquait entre Français et Espagnols. Aujourd’hui on constate que les pierres sont toujours là, le puits situé sur un terrain privé est d’ailleurs survolé de temps en temps par les hélicoptères de la Guardia Civil… .
Galvanisé par toutes ces histoires je pars le long de la Nive en quête de mon métal précieux. Je sais d’avance que ça va pas être facile, et vais me servir des moyens modernes pour accomplir ma tâche. Google Earth va m’aider à repérer les accès à la rivière où se situent les coudes et donc les placers alluvionnaires des berges. La dernière crue importante a eu lieu en 2021, l’or a donc été charrié depuis les montagnes, et s’est déposé en masse par endroits avec la fin de la crue, mais où ?
Je n’ai pas d’autre choix que de faire des repérages sur une dizaine de kilomètres, d’une rive à l’autre, et ça va durer des jours. Premiers indices porteurs, de la ferraille de part et d’autre, un tambour de machine à laver informe, des seaux de peinture pris dans les branches, de grosses vis de madrier, et même un moteur de moto que j’identifie comme celui d’une vieille Peugeot P55. Je m’intéresse particulièrement aux failles dans lesquelles viennent se bloquer tous les matériaux lourds (plombs de pêche entre-autres), ainsi que les marmites, suffisamment profondes pour qu’on y trouve de petits trésors.
Constituer des prélèvements est physique, pour ne pas dire un travail de forçat, certaines pierres qu’il faut absolument déplacer peuvent peser une trentaine de kilos. Ensuite il faut remplir et encore remplir des seaux de 10 litres, avant de trier les matériaux dans un tamis puis dans une rampe de lavage (sluice), ou encore au moyen d’un cradle box (berceau à bascule), et enfin s’adonner au plaisir du triage final batée en mains les pieds dans l’eau, toujours dos au courant.
Le maniement de la batée requiert des gestes techniques qui demandent pas mal de concentration au début, non sans me rappeler mon travail d’horloger à l’établi. A vrai dire il m’a fallu dix essais pour prendre le coup. Lavages après lavages le sable noir et les hématites se découvrent petit à petit, c’est bon signe et puis, ça scintille dans tous les coins, l’excitation monte, est-ce de l’or ? Du bout de mon ongle plutôt de l’or des fous (pyrite), vite confirmé par sa légèreté et sa friabilité. Par contre d’autres paillettes se révèlent, d’un doré plus intense que la pyrite, qui malgré mes mouvements de batée répétés restent fixes de par leur densité. Aucun doute j’ai de l’or ! Si peu, mais de l’or quand même, Great ! On se demande alors combien de kilomètres ont parcouru ces paillettes depuis les montagnes pyrénéennes avant d’arriver là, certaines bien planquées ont peut-être même attendu 500 ans avant que quelqu’un mette la main dessus.
Repérages après repérages je trouverai davantage de paillettes, et pour certaines de taille très correcte, environ trois fois la taille d’une lyre du système antichoc de ma LIP Nautic Ski, comparable aussi à un flocon d’avoine. Pas de quoi fantasmer un semblant de fortune, mais avec la pleine satisfaction d’en avoir trouvé, dans un contexte bucolique et rythmé par les flots sonores de la rivière, rivière qui pour ceux qui pratiquent la pêche savent que le temps ici s’écoule différemment, parfois une heure dure deux heures, et parfois c’est l’inverse. Seule ma Lip Nautic Ski au poignet me ramène à la civilisation 
Je précise que l’activité d’orpaillage est soumise à des règles, une déclaration auprès de la Direction Régionale de l’Environnement (DREAL) est d’ailleurs nécessaire, elle ne dure qu’une saison d’été et doit être renouvelée tous les ans.


