Premier objet et pas tout à fait hors sujet, cette lampe WW2 magnéto, une dotation des unités mitrailleuses de la ligne Maginot. On y trouve une pièce semblable aux inverseurs des systèmes automatiques de nos mouvements de montres, et puis 4 excentriques de pignons, pour assurer le parallélisme, déjà vus sur des pendules. Un fil ressoudé, nettoyage graissage et réglages et elle éclaire à nouveau.
J’ai récupéré ce deuxième objet parmi un lot de montres, intriguant, comme beaucoup d’objets anciens, et me suis lancé dans sa restauration, tout en gardant à l’esprit que les tous premiers horlogers étaient d’abord des armuriers et serruriers, liés au métier de la forge des métaux, et en particulier des ressorts. Et c’est bien l’origine de mon problème ici, un des 5 ressorts. Le barillet de ce pistolet Lefaucheux est grippé, et après nettoyage/remontage sommaire je me suis aperçu que le ressort du doigt élévateur était cassé, une pièce en contact direct avec la crémaillère, sans elle le barillet ne peut tourner qu’à la main, et le calage de la broche est incertain. Bref ce ressort lamelle ressemble de très près à un ressort de petit réveil, j’ai.
Troisième objet ce traditionnel métronome Wittner dont l’axe était cassé, comme souvent. L’énergie du ressort est libéré par un échappement, comme dans une montre, certes dans une version simplifiée mais néamoins efficace.
Il y a aussi ce jouet automate de marque Joustra (jouets de Strasbourg) des années 50. La Joustra auto miracle avance, tourne, marque un temps d’arrêt, puis le capot moteur s’ouvre, la portière s’ouvre à son tour et dévoile notre chauffeur, il la referme et c’est reparti pour un cycle jusqu’à épuisement du ressort. Des rouages, des cames, c’est un peu de l’horlogerie aussi !
Et pour finir ce réchaud à essence soviétique, l’Optimus, copie du Primus suédois, un objet qu’on pouvait trouver dans l’attirail du soldat mais aussi et surtout dans les sacs à dos des alpinistes, les réchauds à essence fonctionnant bien mieux en altitude que les modèles à gaz. Autre avantage indéniable, il carbure aussi bien à l’essence C, celle utilisée en horlogerie, qu’à l’essence sans plomb, on pourrait l’alimenter avec de la Vodka artisanale sans doute aussi.
Cet Optimus est neuf de stock non opened de 1993. La notice est en cyrillique mais une illustration m’aide à comprendre le système. Dans l’ordre il faut préchauffer, soit remplir la petite coupelle placée sous le brûleur, y mettre le feu, ensuite de ça ouvrir le robinet et attendre que la magie opère. La chaleur provoque une dépression qui entraîne le fluide contenu dans le réservoir jusqu’au gicleur. Au premier essai après la coupelle c’est la jointure du robinet qui prend feu, je constate que l’écrou est à peine serré alors forcément ça fuit, le joint a dû se rétracter en 30 ans. 2ème essai, le gicleur commence à réagir et balance des jets irréguliers d’essence, et enfin après une minute la pression se stabilise, j’ai une belle flamme bleue et ce son qui s’apparente à celui d’un avion à réaction.
Ça chauffe fort ! J’en profite pour me saisir d’une poêle et y jette des pommes de terre rissolées. Cuites en 20mn, c’est pas mal. Place à la bavette, une noix de beurre, j’ajuste à nouveau la puissance du réchaud et là problème, le pointeau du gicleur est bloqué, fichtre ! Obligé de démonter, la bavette attendra. Je découvre que le pointeau est figé grippé dans le trou, et désserti de son support à crémaillère, pas cool. Et puis malheur, il est tordu ! A un moment j’ai certainement dû forcer après qu’il se soit mis de travers, reste à réparer mon erreur.
C’est là que mes outils horlogers interviennent : roule goupilles pour maintenir le pointeau et le détordre à la brucelle, un tour d’équarissoir pour bien nettoyer le trou du gicleur, et une pince fine pour ressertir le pointeau sur son support. J’en déduis que comme pour une montre neuve de stock tout objet technique se doit d’être révisé avant emploi.
Le petit Optimus fonctionne à nouveau et je peux reprendre la cuisson de ma bavette, 5 allers retours elle est parfaite, je réchauffe un coup mes pommes rissolées et j’ai devant moi un super repas cuit à l’essence (mais sans odeur), c’est génial !
Notez que ce type de réchaud ne doit pas être utilisé en intérieur, Mike Horn l’explorateur a mis le feu à sa tente avec, il est relativement dangereux et mérite d’être surveillé de près
