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En route vers Niagara Falls – 3

Nov 2, 2022

Les aventures du petit horloger – 3
 
Le Canada toujours, nous arrivons à Toronto par un périphérique de 8 voies, le trafic est juste impressionnant. L’entrée dans la ville se fait par le centre, entourés de nombreux gratte-ciel futuristes aux façades miroirs. Il y a du New York à Toronto. Notre Airbnb est situé dans un quartier boisé à taille plus humaine, avec des joggers qui s’activent le long du lac Ontario, des primeurs qui proposent du Kale (un mi-chou mi-salade, le dernier légume en vogue), et des co-workers qui workent derrière de grandes baies vitrées, un semblant de Brooklyn gentrifié quoi.
 
Et puis, au détour d’une avenue, la petite boutique d’un horloger détaillant. Un commerçant à la double nationalité américaine/arménienne qui dit bien connaître la France. Estimant que sa ville est vraiment pas terrible comparée à Paris, il s’interroge sur ma présence ici. J’avoue avoir un peu de mal à comparer. Je coupe court et lui demande un verre de forme pour une Quo Vadis chinée dans une brocante de bord de route 3 jours plus tôt. C’est une vieille mamie des années 30 au boîtier ciselé, crasseuse mais en état de marche, et sur laquelle je voudrais rechromer le fond abîmé victime de la transpiration acide de son ancien porteur. Je me dis qu’avec un verre neuf et un beau bracelet cuir elle fera fureur. Pour l’intervention du seul verre il m’en demande 120 dollars non négociable, j’oublie vite ma requête quand je sais que mon fournituriste niçois me les proposait à 10 euros. Par ailleurs il a de beaux bracelets de la marque Hirsch, dont un à trous au style racing qui collerait bien à ma Duke Valjoux 7734 achetée en Tunisie. Son prix public est de 50 dollars, j’en ai vraiment besoin je prends, ce chrono se vendra mieux comme tel. Le jour suivant, Kijiji, le bon coin à la sauce canadienne, me permet d’acquérir une Tissot Seastar auto auprès d’un chirurgien collectionneur de montres, une transaction très moyenne (150 dollars can), ceci dit c’est un modèle space age que je n’avais jamais eu, il  trouvera bien repreneur un de ces jours.
 
 
Direction Niagara Falls, à la frontière américaine. Je vise les 7 Pawn shops de la ville dans lesquels on trouve de tout et beaucoup de sous produits horlogers à quartz, sauf un, tenu par un gars à l’allure du vieux Jesse de la série Shérif fais-moi peur (l’oncle de Bo et Duke pour ceux qui s’en souviennent). Il me fait part d’un stock hérité d’un vieil horloger d’origine serbe ayant récemment mis la clef sous la porte. Ce serbe était capable de tout réparer et disposait de toutes les pièces, un génie de l’horlogerie me dit-il. Certains de ses clients venaient de loin pour le voir. Les pièces détachées ont déjà été revendues, cependant il reste des montres. Je suis charmé par l’histoire, j’aime bien ce genre de plan surprise et attends de voir.
 
De son arrière magasin il revient avec deux boîtes à chaussures remplies de montres en vrac. Du beau et pour beaucoup d’entre-elles du inaccessible pour mon portefeuille, à l’exception de 3 qui me tapent dans l’oeil : une rare Lecoultre au cadran estampillé Zippo, offerte aux partenaires distributeurs des briquets, une Zodiac et enfin une Glycine Airman de 1964 avec sa boîte. Le balancier de la Lecoultre a un pivot cassé, je passe, La Zodiac Aerospace m’est proposée à 800, chère à mon goût car foireuse également, impossible de faire bouger l’aiguille GMT dans mes mains, sûrement une pièce cassée, en plus de ça la date reste bloquée à 14. Je le signale à mon vendeur mais il s’en moque. De mon côté je n’ai pas spécialement envie de m’embarrasser avec un produit que je ne pourrais pas remettre en état avant mon retour en France.
 
 
Par contre la Glycine vintage me plaît réellement, elle est parfaite et en coûte 1500 dollars can, j’essaie de négocier mais l’oncle Jesse ne cède pas, voit bien que je suis intéressé et prétend que je peux la revendre le double en Europe. Je doute fort et je pense avoir raison, un coup d’oeil rapide sur eBay confirme que la dernière à s’être vendue rapidement est partie à 980 euros. Bof bof, faut dire que le mouvement qui l’équipe est un AS 1700/01, d’un point de vue horloger rien d’exceptionnel. Et en même temps, trouver une montre de ce genre, ayant été portée par les pilotes d’hélico durant la guerre du Vietnam, proposée avec sa boîte d’origine en bois, ça n’arrive pas tous les jours. Je suis divisé, j’ai la pression et suis proche de l’implosion, d’autant plus que Madame s’impatiente. Mes enfants eux viennent de faire tomber un tas de vieux jouets empilés à la manière d’un château de cartes. Je lâche l’affaire.
 
La raison l’emporte souvent, on oublie le coup de coeur et on pense à la revente et la marge dégagée, c’est l’objectif à tenir et renoncer à une belle montre est dur, très dur. Si j’avais eu plus de temps devant moi je serais passé 3 jours plus tard et j’aurais renégocié, et si et si et si…
 
La visite des chutes du Niagara s’impose avant de basculer vers le côté américain. D’autres trouvailles suivront.

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